Le Global Tobacco & Nicotine Forum pour rompre avec la désinformation et les réglementations inefficaces contre le tabagisme

Les intervenants du secteur du tabac et de la nicotine ont été réunis lors du Global Tobacco & Nicotine Forum (GTNF), qui s’est tenu à Londres du 21 au 23 septembre. Cette année, le forum a eu pour principal thème la lutte contre la désinformation et la nécessité de fonder les réglementations sur les nouvelles preuves scientifiques afin de donner aux fumeurs l’accès à une information claire leur permettant de passer à des alternatives « à moindre risque » pour leur santé.

« Une politique publique de réduction des effets néfastes du tabagisme nécessite, pour réussir, de donner aux adultes fumeurs l’accès à l’information sur les meilleures alternatives existantes à la cigarette classique à combustion et leur permettre ainsi de switcher » a indiqué Gizelle Baker, vice-présidente du Global scientific engagement à Philip Morris International (PMI).

Selon Mme Baker, la désinformation a un impact très important sur la santé publique. « Quand on dit qu’un produit ne réduit pas les risques alors qu’il le fait et qu’on les dissuade ainsi d’opter pour cette alternative alors l’impact est très grand sur la santé de la population. La désinformation mène à l’indécision, à l’inaction et à une totale incompréhension des risques. Les fumeurs qui pourraient avoir la volonté d’aller vers des produits à moindre risque ne sont pas capables de faire des choix éclairés » a-t-elle ajouté, lors du panel « la science conduit la politique ».

Gizelle Baker a cité une enquête réalisée par PMI, à une échelle internationale, afin de montrer que la désinformation conduit à l’incompréhension des risques.

L’étude, qui a été menée auprès de 29.000 répondants, a montré que 45% d’entre eux pensent que les produits sans fumée sont plus nocifs ou aussi nocifs que la cigarette. 59% des personnes ayant participé à l’étude sont incapables d’identifier la cause principale des maladies liées au tabagisme et 48% ne savent pas que la nicotine, bien qu’elle crée une dépendance et ne soit pas sans risque, n’est pas la principale cause de maladies liées au tabagisme.

« 91% des fumeurs qui ont abandonné la cigarette et opté pour les produits sans fumée, ont indiqué que des informations précises sur les meilleures alternatives et en quoi elles diffèrent des cigarettes, ont été à l’origine de leur choix. 33 % n’ont pas envisagé d’essayer et d’adopter les produits sans fumée et ont affirmé qu’ils n’ont pas été tentés en raison d’un manque d’informations et de données scientifiques certaines sur ces produits. 63% des fumeurs seraient probablement tentés de passer aux produits sans fumée s’ils avaient accès à des informations claires sur ces produits, sur la différence avec les cigarettes classiques et la science ayant conduit à leur fabrication et enfin 79% des répondants, fumeurs ou pas, ont convenu que les fumeurs doivent avoir accès à des informations claires et précises sur les alternatives à la cigarette à combustion » a révélé Gizelle Baker déplorant l’impact d’une telle situation sur la santé publique.

David O’Reilly, directeur de la recherche scientifique de BAT (British American Tobacco) a affirmé, de son côté, que la réduction des risques liés au tabac est l’une des politiques les plus importantes aujourd’hui car elle peut donner aux fumeurs, qui autrement continueraient de fumer des cigarettes, des produits alternatifs moins néfastes que la cigarette. « C’est pragmatique, réalisable et fondé sur des preuves » a-t-il précisé.

« Il existe une incompréhension, une confusion et une perception erronée des produits alternatifs du tabac et de la nicotine et leur potentiel de réduction des risques. En 2018, une enquête a montré que 62% des répondants de six pays européens pensaient que les cigarettes électroniques étaient plus néfastes que la cigarette classique. En Angleterre, une étude menée en 2020 a montré que 37% des adultes pensent que la vape est aussi néfaste, voire plus néfaste que la cigarette, malgré un nombre croissant de preuves fournies par des entreprises et des organes de santé publique qui ont démontré le potentiel de réduction des risques des produits non combustibles » a poursuivi M. O’Reilly .

Il a, en outre, affirmé que la situation ne ferait que s’aggraver si on continue d’exclure les scientifiques du secteur, soulignant que les rapports qui doivent conduire les politiques doivent être basés sur les meilleures données et preuves disponibles et non être entravées par la censure et l’exclusion.

« Nous ne pouvons pas avoir une politique menée par une science unilatérale. Le processus de vérification de la FDA aux Etats-Unis suit cette approche en exigeant des industriels de fournir des données scientifiques pour envisager une évaluation objective d’un produit. C’est un process complet et les autres autorités de régulation dans le monde devraient adopter cette approche équilibrée, consultative et basée sur les preuves » a déclaré David O’Reilly.

« Les gens sont nombreux à penser que les effets néfastes de la cigarette sont principalement liés à la nicotine et ne voient pas l’intérêt de passer à des produits qui en contiennent alors que la majorité des effets néfastes de la cigarette est liée aux toxines dégagés par la combustion. Les politiques doivent le reconnaitre et le refléter dans les règlementations, il faut qu’ils fassent une distinction claire entre les cigarettes à combustion et les produits sans combustion qui contiennent de la nicotine » a-t-il conclu.

La session consacrée à l’expérience des pays africains en matière de réduction des méfaits du tabac était présidée par le Prof. Fares Mili, pneumologue, spécialiste des comportements de dépendance et président de l’association STTACA “Société Tunisienne de Tabacologie et des comportements d’addiction” et le Prof. Solomon Tshimong Rataemane, chef du département de psychiatrie de l’Université de Limpopo, Afrique du Sud.

Le Dr Mili a ouvert la session en plantant le décor de la discussion sur la réduction de la prévalence du tabagisme en Afrique en utilisant la stratégie de réduction des risques liés au tabac (RDR). En guise d’introduction, il a déclaré que les programmes d’élimination du tabac de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’ont pas encore été en mesure de réduire la prévalence du tabagisme dans les pays africains. Par conséquent, d’autres possibilités sont nécessaires pour parvenir à l’arrêt du tabac en Afrique. Le professeur Rataemane, dans son introduction, a souligné la nécessité d’un changement de comportement des Africains vis-à-vis de la THR. Il a également exprimé ses pensées sur l’incapacité actuelle à comprendre les effets biologiques de la nicotine sur le cerveau humain.

Tout au long des panels qui ont vu intervenir de nombreux experts, la question d’adapter le cadre réglementaire aux avancées scientifiques et de lutter contre la désinformation a été au cœur des débats. Nombreux intervenants ont martelé qu’il est aujourd’hui impératif de rompre avec des politiques jusque-là inefficaces pour mettre en place des réglementations issues de l’évaluation objective des données scientifiques disponibles sur les alternatives à moindre risque du tabac.

Source: Business News

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