« Nous devons protéger les enfants contre la manipulation de l’industrie du tabac dans le métavers : un appel mondial à l’action »

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Déclaration de Mme Kouami Kossiwa, Secrétaire Exécutif par intérim de l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA)

« Nous devons protéger les enfants contre la manipulation de l’industrie du tabac dans le métavers : un appel mondial à l’action »

Lomé, le 25 juillet 2025

L’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA) exprime sa profonde préoccupation face aux récentes révélations concernant les activités de l’industrie du tabac dans les environnements virtuels, telles que rapportées par The Guardian le 22 juillet 2025. L’utilisation d’avatars fumant et de contenus de marque dans le métavers marque une évolution dangereuse du marketing du tabac, visant directement les jeunes utilisateurs dans des espaces numériques largement non réglementés.

L’Afrique connaît une formidable vague d’innovation numérique. Le continent adopte la connectivité mobile, les plateformes virtuelles et les technologies immersives à un rythme sans précédent. La Stratégie de transformation numérique de l’Union africaine (2020–2030) envisage un continent où les outils numériques favorisent une croissance inclusive, l’éducation et l’entrepreneuriat. Il est donc évident que les jeunes constituent une base importante de l’espace numérique.

Alors que la jeunesse africaine devient de plus en plus active dans les espaces virtuels tels que les jeux vidéo, les réseaux sociaux et les plateformes immersives, l’industrie du tabac adapte son approche pour les attirer vers la dépendance. Le récent rapport du « The Guardian » révèle comment des avatars fumants et des contenus de marque infiltrent le métavers, valorisant l’usage du tabac dans des espaces où la réglementation est faible et où la participation des jeunes est particulièrement élevée.

Cette tendance est particulièrement dangereuse en Afrique, où 70 % de la population a moins de 30 ans[1], où le taux d’accès à Internet a doublé depuis 2015[2], avec un accès majoritairement via mobile, et où la littératie numérique progresse, alors que la conscience critique face à la manipulation en ligne reste encore faible.

En ciblant le métavers, l’industrie du tabac cherche à promouvoir et à banaliser l’usage de la nicotine chez les enfants et les adolescents, en tirant parti des lacunes réglementaires pour détourner les législations en vigueur sur la publicité. Il ne s’agit pas d’innovation, mais de manipulation, et cela doit être combattu de toute urgence par des actions réglementaires rapides.

L’entrée de l’industrie du tabac dans le métavers n’est pas qu’un simple changement de stratégie marketing. C’est une manœuvre calculée visant à remodeler les normes sociales et à recruter une nouvelle génération d’utilisateurs par le biais de la séduction numérique. La jeunesse africaine, autonome mais exposée du fait de la montée en puissance des technologies, est particulièrement vulnérable. Il est de notre devoir d’agir avec fermeté.

Nous, acteurs de la lutte antitabac, devons faire face à ce tournant technologique avec autant d’innovation que de détermination. Nous ne devons pas attendre la réglementation pour rattraper la réalité : nous devons mener ce processus de réglementation. Le métavers ne doit pas devenir une faille dans la protection de la santé mondiale.

À cet effet, l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA) appelle les gouvernements, la société civile, les entreprises technologiques et tous les autres acteurs concernés à :

  • Mettre en œuvre des réglementations numériques interdisant la promotion du tabac, en particulier dans les environnements virtuels fréquentés par les jeunes ;
  • Collaborer avec les développeurs de plateformes pour mettre en place des règles strictes encadrant les contenus relatifs au tabac, des outils de vérification de l’âge, et des mécanismes de modération ;
  • Renforcer la surveillance mondiale des pratiques de l’industrie du tabac dans les écosystèmes numériques, avec des mécanismes de signalement et de redevabilité coordonnés ;
  • Investir dans l’éducation et la sensibilisation des jeunes, en donnant aux familles les moyens de naviguer dans les mondes virtuels en toute sécurité et de résister aux influences néfastes ;
  • Réaffirmer l’engagement envers la CCLAT de l’OMS, en élargissant sa portée aux technologies émergentes et au marketing international.

Nous lançons un appel aux gouvernements, instances internationales, organisations de la société civile, innovateurs numériques et réseaux de jeunes à s’unir pour défendre la santé publique dans tous les espaces, physiques comme virtuels. Ce combat dépasse les frontières, les industries et les plateformes, et nous ne pouvons rester passifs pendant que l’addiction est reconditionnée et déguisée en divertissement.

En qualité d’alliance panafricaine de lutte antitabac, nous nous engageons à exposer, affronter et démanteler ces menaces émergentes. L’avenir de nos enfants et l’intégrité de la promesse numérique de l’Afrique en dépendent.

Ensemble, nous devons faire du métavers un espace d’imagination, et non un terreau de dépendance au tabac. Nous devons agir avec audace, protéger la prochaine génération, et réaffirmer notre engagement collectif contre l’ingérence de l’industrie du tabac sous toutes ses formes.

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Contact presse : communication@atca-africa.org

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L’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ATCA) est un réseau panafricain à but non lucratif et apolitique d’organisations de la société civile dont le siège se trouve à Lomé, au Togo. Avec des membres dans 39 pays, l’ATCA se consacre à la promotion de la santé publique et à la lutte contre l’épidémie de tabagisme sur le continent. L’alliance dispose d’un statut d’observateur à la Conférence des Parties à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) et à la Réunion des Parties (RMP) au Protocole relatif à l’élimination du commerce illicite des produits du tabac. Elle possède un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC), elle est certifiée comme équivalente à une organisation caritative publique américaine, et elle est accréditée en tant qu’acteur régional non étatique avec l’OMS AFRO.

[1] https://www.un.org/ohrlls/news/young-people%E2%80%99s-potential-key-africa%E2%80%99s-sustainable-development

[2] https://www.statista.com/topics/9813/internet-usage-in-africa/#topicOverview


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