YADD demande la priorisation de la lutte antitabac suite à la publication d’un rapport parallèle
Le Zimbabwe se trouve à un tournant décisif dans son parcours en matière de santé publique. En tant que premier producteur de tabac d’Afrique et partie de longue date à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), le pays est confronté à une contradiction flagrante : les politiques économiques continuent de favoriser la production de tabac, tandis que la lutte antitabac reste marginalisée dans les cadres nationaux de santé.
Un rapport parallèle de 2025 évaluant la mise en œuvre de la CCLAT au Zimbabwe, élaboré par Youth Against Alcoholism and Drug Dependency (Jeunesse contre l’alcoolisme et la toxicomanie), membre de I’ACTA au Zimbabwe, révèle des lacunes profondes et persistantes. Malgré le lancement du Plan multisectoriel de lutte contre la toxicomanie et l’abus de substances au Zimbabwe (2024-2030), la lutte antitabac est manifestement absente de son champ d’application. Cette omission reflète une tendance plus générale, qui consiste à considérer le tabac comme un atout économique plutôt que comme une menace pour la santé publique.
Le rapport met en évidence des faiblesses systémiques dans presque tous les piliers de la lutte antitabac :
- Législation obsolète et mécanismes d’application faibles
- Politiques fiscales inadéquates qui ne parviennent pas à réduire l’accessibilité financière ou à financer la promotion de la santé
- Protections antitabac limitées et contrôle insuffisant du respect des réglementations
- Absence de services d’aide au sevrage et manque de formation des prestataires
- Absence d’avertissements sanitaires illustrés ou de réglementations sur les emballages neutres
- Poursuite de la publicité en faveur du tabac et ingérence de l’industrie
- Systèmes de surveillance insuffisants et absence de données nationales sur le tabagisme
Ces lacunes non seulement compromettent les obligations du Zimbabwe au titre de la CCLAT, mais elles mettent également en danger la santé et le bien-être de ses citoyens, en particulier les jeunes et les communautés vulnérables. La stratégie de développement du pays, qui vise à accroître la production de tabac, est en contradiction directe avec ses objectifs déclarés de lutte contre la toxicomanie et de promotion de la santé publique.
Dans un revirement prometteur, le ministère de la Santé du Zimbabwe a officiellement reconnu les conclusions du rapport parallèle 2025 et a exprimé son engagement ferme à faire progresser la lutte antitabac. Cela comprend la mobilisation de ressources et la création de groupes de travail techniques dédiés pour favoriser la mise en œuvre des obligations de la CCLAT.
Cette réponse marque une avancée décisive. Elle témoigne d’une volonté politique, d’une reconnaissance institutionnelle et d’une volonté de passer des lacunes politiques à des actions concrètes. En convoquant des groupes de travail techniques, le Zimbabwe jette les bases d’une collaboration multisectorielle, d’une responsabilisation et de progrès durables, éléments essentiels à une lutte efficace contre le tabagisme.
L’ACTA salue cette évolution comme une affirmation forte du potentiel du Zimbabwe à diriger avec intégrité et détermination. Elle reflète la dynamique croissante en Afrique qui consiste à privilégier la santé plutôt que le profit et à mettre en place des systèmes résilients, centrés sur les personnes, qui protègent les générations futures.
