Afrique : une coalition de lutte contre le tabac exhorte les gouvernements à renforcer leurs politiques dans ce domaine

Afrique : une coalition de lutte contre le tabac exhorte les gouvernements à renforcer leurs politiques dans ce domaine

À l’occasion de la 72e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique qui s’est tenue à Lomé (Togo), l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA) a appelé les gouvernements à faire plus d’efforts pour protéger les générations présentes et futures et garantir une Afrique saine et sans tabac.

Le Comité régional de l’OMS pour l’Afrique est l’organe décisionnel de l’Organisation en ce qui concerne les politiques de santé dans la Région africaine. Il est composé des ministres de la santé ou de représentants de chacun des 47 États Membres de la Région.

Accélérer la mise en œuvre de la Convention-Cadre de l’OMS

Si l’Afrique est sur la bonne voie pour atteindre une réduction relative de 30 % de la prévalence du tabagisme entre 2018 et 2025 chez les personnes âgées de 15 ans et plus, l’industrie du tabac demeure le principal obstacle dans la mise en place de politiques de lutte antitabac. Le continent africain enregistre une augmentation considérable du tabagisme chez les jeunes et les données récentes montrent que le taux de prévalence chez les filles atteint le même niveau que celui des garçons. La forte croissance démographique des pays africains se traduit par une proportion importante de jeunes dans la population. Ceci en fait un terrain de prédilection pour le marketing de l’industrie du tabac.

Pour Léonce Dieudonné Sessou, Secrétaire Exécutif d’ATCA, « Les jeunes sont une proie pour les multinationales du tabac malgré les efforts des gouvernements africains pour protéger les populations. L’industrie influence de plus en plus les responsables, en utilisant la RSE (responsabilité sociale des entreprises) et la publicité, la promotion et le parrainage des produits du tabac, qu’ils soient conventionnels ou nouveaux, sapant ainsi la mise en œuvre des politiques de lutte antitabac ». Il appelle les gouvernements africains à accélérer la mise en place de la Convention-Cadre de l’OMS et notamment à lutter contre l’ingérence de l’industrie dans les politiques de santé publique. L’enjeu est de protéger les populations et réduire considérablement la prévalence tabagique pour parvenir à une Afrique sans tabac[1].

Des efforts continus de nombreux pays africains dans les politiques antitabac

Selon le rapport d’activité de l’OMS sur la stratégie mondiale visant à renforcer la lutte antitabac,- Faire progresser le développement durable par la mise en œuvre de la CCLAT de l’OMS 2019-2025 –  de nombreux pays africains ont élaboré et mis en œuvre des plans stratégiques multisectoriels de lutte antitabac alignés sur les meilleures pratiques de la CCLAT. 36 (77 %) des États africains ont adopté des lois et des règlements relatifs à la lutte antitabac, 22 (47 %) des États du continent ont amélioré les mesures fiscales et tarifaires, 15 (32 %) d’entre eux mettent en œuvre des avertissements sanitaires graphiques de grande taille.

L’OMS continue de collaborer étroitement avec les gouvernements africains pour renforcer les lois anti-tabac. Le 2 août 2022, le ministère de la Santé gabonais a organisé, en collaboration avec l’OMS, un atelier de renforcement des capacités juridiques. Cet atelier concernait la prévention de l’interférence de l’industrie du tabac dans le pays et l’importance de l’action multisectorielle, dans le contexte de la CCLAT, pour renforcer la lutte contre le tabagisme au sein du pays.

Début août, Les législateurs de la Sierra Leone ont adopté à l’unanimité une loi visant à protéger la population contre les effets nocifs du tabac et des produits à base de nicotine. Le pays a ratifié le traité de l’OMS en 2009 et cette loi permet de transposer les dispositions dans le droit de la Sierra Leone. En Côte d’Ivoire, L’OMS, en collaboration avec des organisations nationales, a formé des journalistes sur les mesures du traité de la CCLAT et de textes associés, mais aussi sur la législation et la réglementation en matière de lutte anti-tabac dans le pays et les pratiques d’ingérence de l’industrie du tabac pour bloquer les politiques de santé publique dans ce domaine.

L’industrie du tabac, un obstacle de taille en Afrique

Bien que 44 des 47 pays de la région africaine aient ratifié le traité de l’OMS, aucun n’a pleinement mis en œuvre l’ensemble des dispositions du texte. Cette situation résulte notamment du lobby déployé par l’industrie du tabac. Les multinationales du tabac se développent depuis ces dernières décennies en Afrique et exploitent le climat sociopolitique du continent. Elles mettent à profit les tensions politiques, les inégalités sociales et la faiblesse fréquente des cadres législatifs pour influencer les politiques du continent en leur faveur.

À titre d’exemple, des recherches approfondies publiées en 2021 par l’ONG Stopping Tobacco Organizations and Products (STOP) ont permis de révéler de nombreux cas où British American Tobacco s’est efforcé de contrer les mesures de lutte antitabac. Le fabricant aurait distribué plus de 500 000 euros dans dix pays en Afrique sur cinq ans dans l’objectif d’influencer les réglementations en matière de santé publique[2].

Source: Génération sans tabac


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