La Suisse vote en faveur de l’interdiction de la publicité pour le tabac accessible aux jeunes

La Suisse vote en faveur de l’interdiction de la publicité pour le tabac accessible aux jeunes

Le pays paie un lourd tribut au tabagisme, responsable de 9 500 décès par an, pour une population de 8,6 millions d’habitants. A cela viennent s’ajouter 400 000 personnes souffrant d’une maladie chronique liée au tabagisme.

C’est une nouvelle victoire pour la santé publique face à l’industrie du tabac. Les Suisses ont approuvé à 57 % l’interdiction de la publicité sur le tabac accessible aux enfants et adolescents, selon les résultats définitifs. Le oui est également gagnant dans la majorité des cantons, une condition nécessaire pour que l’initiative populaire soit approuvée.

« On est extrêmement contents. Le peuple a quand même compris que la santé est plus importante que les intérêts économiques », a déclaré Stefanie de Borba, de La Ligue contre le cancer. Ce vote constitue « un changement de paradigme pour les autorités fédérales, qui acceptent depuis trop longtemps que la politique de prévention sanitaire soit mise sous la tutelle des grandes entreprises », a déclaré Pascal Diethelm, à la tête de l’association OxyRomandie, qui a pour objectif la prévention et la lutte contre le tabagisme.

Le texte de l’initiative populaire, baptisée « Oui à la protection des enfants et des jeunes contre la publicité pour le tabac », prévoyait l’interdiction de toute publicité pour le tabac là où des enfants ou des adolescents peuvent la voir, par exemple dans la presse, sur des affiches ou sur Internet, au cinéma ou lors de manifestations. Les mêmes règles doivent s’appliquer à la cigarette électronique. La publicité qui ne cible que les adultes, par exemple dans les courriels, restera admise.

Une législation jusqu’ici très permissive

La Suisse paie un lourd tribut au tabagisme, causant 9 500 décès par an, pour une population de 8,6 millions d’habitants. A cela viennent s’ajouter 400 000 personnes souffrant d’une maladie chronique liée au tabagisme, selon le docteur Jean-Paul Humair, porte-parole de l’initiative populaire.

Ce pays alpin, où environ une personne sur quatre fume, avait jusqu’à présent une législation très permissive dans le domaine de la publicité sur le tabac, notamment en raison du très fort lobbying des plus grands cigarettiers du monde, qui y ont installé leur siège. Au niveau national, seules les publicités à la radio et à la télévision et celles qui visent spécifiquement des mineurs sont bannies actuellement.

Et même si certains cantons avaient déjà durci leurs règles et qu’une nouvelle loi devait entrer en vigueur en 2023, les groupes de lutte contre le tabagisme ont estimé qu’une action beaucoup plus décisive était nécessaire pour protéger les jeunes et ont lancé une initiative populaire.

Les opposants, parmi lesquels le gouvernement fédéral et le Parlement, ont considéré que l’initiative allait trop loin. Certains ont dénoncé ce résultat comme une victoire de la tendance hygiéniste. « On parle aujourd’hui de la cigarette, on parlera de l’alcool, de la viande. Cela m’énerve de vivre dans une société où on veut cette dictature du politiquement correct où tout doit être réglé », a réagi dimanche Philippe Bauer (Parti libéral-radical), membre du Conseil des Etats (la chambre haute suisse), auprès de la télévision publique RTS.

C’était également l’argumentaire de Philip Morris International (PMI), numéro un mondial du secteur, qui, comme British American Tobacco et Japan Tobacco, a son siège en Suisse et a financé la campagne du non. « La liberté individuelle est sur une pente glissante », a déclaré dimanche un porte-parole de PMI, exhortant les autorités à s’assurer que la publicité destinée aux adultes reste autorisée.

Le ministre de la santé, Alain Berset, a expliqué que le Parlement allait maintenant élaborer une loi de mise en œuvre de l’initiative, qui ne devrait toutefois pas entrer en vigueur cette année.

Source: Le Monde

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