Travail des enfants, commerce parallèle : les égarements de l’industrie du tabac

D’après les derniers chiffres de l’Unicef, un enfant sur dix travaillerait dans le monde, soit environ 160 millions d’enfants, dont 79 millions qui effectueraient des travaux dangereux pour leur santé et leur sécurité. Pire encore, la pandémie de Covid-19 devrait entraîner une augmentation de neuf millions d’enfants travailleurs d’ici 2022.

1,3 million d’enfants travaillent dans la production du tabac

Et ce fléau nous concerne tous, car un certain nombre de produits que nous consommons ici en France provient du travail infantile. Selon une étude effectuée par l’organisation Development International, l’Union européenne aurait importé en 2019 pour 50 milliards d’euros de marchandises produites par des enfants. Parmi ces marchandises figurent les produits du tabac.

1,3 million d’enfants, de par le monde, travaillent dans la production du tabac. L’Organisation internationale du travail (OIT) dénonce les nombreux risques pour les plus jeunes à le cultiver, d’abord en raison d’importants troubles musculo-squelettiques associés. Par ailleurs, la proximité avec la nicotine peut entraîner des vertiges, des insomnies, des maux de tête, quand ce ne sont pas des nausées ou des vomissements. Quant à la manipulation du tabac, souvent recouvert de pesticides, elle peut générer sur le long terme un affaiblissement du système immunitaire, une infertilité et des risques de cancers. Récemment, British American Tobacco (BAT) et Imperial Brands, deux des quatre majors de l’industrie du tabac, ont été poursuivies pour travail forcé par un collectif de fermiers malawites.

Pompier-Pyromane : le double-jeu de l’industrie du tabac

Un récent rapport (STOP, The Tobacco Industry: A Hindrance to the Elimination of Child Labor) va encore plus loin et dénonce le double-jeu de l’industrie du tabac qui s’engage régulièrement, au travers de campagnes de communication, contre le travail infantile, laissant entendre qu’elles font partie de la solution quand elles sont en réalité à l’origine du problème. Cette déresponsabilisation ne date pas d’hier : depuis les années 2000, les grandes majors du tabac disent par exemple soutenir le programme ECLT (Eliminating Child Labour in Tobacco-growing Foundation).

Mais cette « couverture » ne laisse aucun expert de santé dupe. Ces derniers souhaitent surtout la mise en œuvre des préconisations de l’OIT, à savoir une transition de la culture du tabac vers des moyens de subsistance alternatifs, comme recommandé par la Convention-cadre de l’OMS (CCLAT), des politiques de reconversion et de diversification économique et une législation locale protectrice. De manière générale, les experts de santé publique s’accordent sur le fait que les agences œuvrant pour les droits humains, telles que l’OIT par exemple, ne doivent pas, ou plus, être financées par l’industrie du tabac. En 2019, l’OIT s’est d’ailleurs engagée à refuser tout financement des industriels.

« On ne fait pas garder son poulailler par un renard »

Même constat concernant l’autre grande problématique de l’industrie : la traçabilité des produits du tabac. Les paquets de cigarettes doivent être dotés d’un étiquetage permettant de remonter à leur origine (l’usine) et surtout de traquer les trafics. Le commerce illégal constitue en effet «une grave menace pour la santé publique car il augmente l’accès à des produits du tabac souvent moins chers, alimentant ainsi l’épidémie de tabagisme et sapant les politiques de lutte antitabac», estime l’Organisation mondiale de la Santé.

Or ces systèmes de traçabilité sont aussi dans le collimateur de l’industrie du tabac, qui entend également lutter contre les trafics de cigarettes… dont elles tirent profit, et parfois même qu’elle facilite, quand cela est possible dans certains pays à la législation accommodante. C’est pourquoi elle n’a pas hésité à mettre en avant son propre système de traçabilité, développé par Philip Morris International (PMI), appelé « Codentify » puis « Inexto », et dont l’un des dirigeants était, en 2016, un ancien cadre… de PMI.

En 2022, une révision de la Directive des produits du tabac doit avoir lieu au Parlement européen afin de permettre la prise en compte des préconisations de l’OMS. Le protocole de l’OMS pour éliminer le commerce illicite de tabac préconise qu’un acteur indépendant de l’industrie du tabac soit en charge du marquage des paquets. De son côté, la France est favorable au protocole. « On ne fait pas garder son poulailler par un renard » résume Philippe Juvin, député européen, maire LR de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine) et chef des urgences de l’hôpital parisien Georges-Pompidou.

Source: Social Mag

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