Québec: un tournant dans la lutte contre le tabagisme

Les négociations entre le gouvernement et l’industrie du tabac sont peu connues, mais d’une importance capitale.

Peu de Québécois le savent, mais nous vivons actuellement un moment déterminant dans la lutte contre le tabagisme et dans la protection de la santé publique.

En ce moment, les provinces mènent des poursuites historiques contre l’industrie du tabac qui, malheureusement, sont peu médiatisées. Ainsi, plusieurs organismes du secteur de la santé s’inquiètent du fait que, dans un règlement potentiel, la santé publique soit presque oubliée.

L’industrie du tabac est en train de négocier à huis clos avec 10 gouvernements provinciaux pour régler des poursuites de plusieurs milliards de dollars visant à recouvrer les coûts liés aux soins de santé attribuables aux fabricants de tabac.

Pendant des décennies, l’industrie du tabac s’est livrée à des pratiques trompeuses qui ont causé un tort irréparable à des centaines de milliers de Québécois ainsi qu’à notre système de santé.

Les fabricants de tabac ont fait de la publicité auprès des adolescents et des femmes, ont caché des études internes, ont omis d’avertir adéquatement les consommateurs sur les dangers du tabac, ont eu recours à des campagnes de relations publiques pour nier les effets du tabac sur la santé, ont diffusé des publicités trompeuses au sujet de la véritable nature des cigarettes dites « légères » et « douces » et se sont opposés de manière systématique à des mesures de lutte contre le tabagisme.

Treize mille morts par année au Québec

Résultat ? Les consommateurs québécois ont développé une dépendance au tabac. Le tabagisme fait des ravages à grande échelle, en tuant près de 13 000 Québécois chaque année. Le tabagisme demeure une des causes principales de cancers, de maladies cardiaques, d’AVC et de maladies respiratoires ainsi que la principale cause de maladies et de mortalité au Québec. Selon les données de 2019, 1,2 million de Québécois, soit 17 % de la population, sont aujourd’hui des fumeurs.

Pourtant, peu de gens portent attention aux négociations en cours visant à régler les plus importantes poursuites menées dans l’histoire du Québec et du Canada.

Si les Québécois avaient été au courant de ces poursuites judiciaires, ils auraient sans aucun doute voulu savoir où iraient les sommes collectées par le gouvernement du Québec. Des organismes de bienfaisance du secteur de la santé, dont la Société canadienne du cancer, l’Association pulmonaire du Canada et Cœur et AVC, croient qu’un règlement doit prévoir d’importantes mesures pour réduire l’usage du tabac, notamment par l’interdiction aux fabricants de tabac d’adopter des comportements nuisant à la santé de la population.

Le gouvernement du Québec devrait souligner publiquement l’importance capitale de ces poursuites et leur potentiel tout en donnant à ses avocats l’instruction d’exiger l’inclusion, en priorité, de mesures de santé publique dans une entente potentielle.

Financer la lutte contre le tabagisme

Le gouvernement devrait demander un important financement à long terme de la lutte contre le tabagisme par l’entremise d’une entité indépendante, l’élimination de la promotion du tabac, l’obligation de divulguer des documents internes et toutes autres mesures significatives permettant de modifier le comportement dommageable de cette industrie.

L’objectif premier de tout règlement devrait être de réduire l’usage du tabac, pas seulement de recevoir un chèque sur lequel les avocats de huit provinces recevront un pourcentage comme honoraires conditionnels.

S’il n’investit pas dans des mesures ambitieuses de réduction du tabagisme, le Québec aura raté l’objectif même de ces poursuites, soit de réparer les préjudices causés par l’industrie.

Les poursuites engagées au Canada s’inspirent de l’expérience américaine. Aux États-Unis, les poursuites menées par les États ont débouché sur des règlements en 1997-1998, qui comprenaient non seulement une compensation financière, mais aussi l’obligation de dévoiler au public plus de 40 millions de pages de documents auparavant tenus secrets par l’industrie, l’imposition de nouvelles restrictions en matière de commercialisation ainsi que l’établissement d’une fondation indépendante pour réduire le tabagisme, qui porte aujourd’hui le nom de Truth Initiative. Si les règlements négociés en 1998 aux États-Unis incluaient des mesures de lutte contre le tabagisme, le Québec et les autres provinces peuvent faire beaucoup mieux en 2021.

En conclusion, tout comme un pollueur devrait payer les coûts de décontamination de sites pollués et être assujetti à une réglementation plus stricte pour prévenir la pollution future, l’industrie du tabac devrait assumer les coûts liés au tabagisme. Ainsi, il est crucial qu’une partie importante des fonds de règlement soient consacrés à contrer cette catastrophe sanitaire provoquée par l’industrie du tabac afin de la vaincre !

Source: La Presse

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